Après une première semaine d'immersion, je m'embarque pour un bateau express à destination de Gili Trawangan ou "Gili island" ("gili" signifiant "île" en indonésien, vous comprendrez le pléonasme mais c'est pourtant souvent le nom réducteur qu'on lui attribue de par son caractère touristique). Trawangan, c'est le plus "grand" (comptez 2.5km de longueur) d'un groupe de trois îlots situés au Nord-Ouest de Lombok, celle-ci étant l'île voisine à l'Est de Bali. Cet endroit est l'archétype du paradis terrestre pour le touriste. L'ensemble des activités se regroupe le long d'une rue longeant une plage de sable coralienne léchée par une eau turquoise d'une transparence rare. Chaque soir a son bar ou restaurant favori pour aller se retrouver et consommer à volonté. Dans la rue, des locaux proposent abusivement d'acheter leurs fruits frais, de s'installer à leur table de restaurant, ou encore de fumer leur herbe qui parait-il est une arnaque internationale. Il fait beau, il fait chaud (un peu trop même), bref comment peut-on se plaindre ?
Pourtant, je ressens rapidement un sentiment de profonde confusion. Arrivant en backpacker solitaire parmi des hordes de touristes venus claquer leur fric en groupes, le décalage est sévère. Souhaitant prendre de la distance avec cet univers nauséabond, je m'enfonce à travers l'île pour constater un coin de désolation. La poussière et les ordures recouvrent les parcelles de terrain où des enfants courent après des poules. Des maisons décrépies luttent contre la gravité pour garder un semblant de dignité. Les gens me regardent avec un air ahuri. Croyant m'être perdu, ils m'indiquent le chemin inverse pour me rendre vers cette rue que je maudis déjà. Le match de foot local entre deux prières en direction de la Mecque propose un spectacle fade qui me fait regagner mes appartements. Heureusement il y a la plongée, principale raison de ma présence sur ce petit bout de terre. En une semaine et cinq plongées, j'ai pu observer une variété de poissons multicolores nageant aux travers de formations coraliennes défiant l'architecture des villes modernes. Je me dis que vraiment, un jour, il faudra investir dans un appareil photo étanche...
Finalement, après avoir maintes fois tenté de me remonter le moral, le coeur n'y était pas. La magie de l'Australie et la multitude des rencontres n'opère pas ici, et il fallait m'en faire une raison. Je décide alors de quitter ce monde d'amertume pour une excursion de trois jours afin de gravir le mont Rijiani, un immense volcan à double couronne qui surplombe Lombok. Formant un groupe de sept randonneurs, deux guides et trois porteurs, notre convoi s'engage dans un périple que j'avais sous-estimé. Entre chaleur tropicale en aval et froid glacial au sommet, la grosse difficulté est d’enchaîner ascensions et descentes périlleuses. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que les moyens de sécurité ne sont pas ou peu existants. Je dirais même qu'il vaut mieux vérifier si les rares barres de sécurité sont encore scellées au sol avant de s'appuyer dessus. Les terrains de camping s'improvisent, les porteurs préparent le campement et le dîner est englouti en trois cuillerées pour ne pas subir plus longtemps le vent glacial. Au lever de soleil les membres du convoi lèvent le camp pour reprendre l'ascension accompagnés par leurs courbatures. Après une baignade dans l'immense lac Rijiani entourant le cratère intérieur encore en activité, place aux sources d'eau chaudes et à leur miracles curatifs. Deux bains pour détendre les muscles et reprendre un peu son souffle. Et comme toute randonnée en montagne, la joie se ressent surtout à la fin de l'ascension. Les singes et chiens errants nous attendent dans l'espoir d'obtenir les maigres restes de nourriture non ingérés.
Au dernier jour de randonnée, la chaleur dans la vallée nous accueille et nous achève définitivement. Ramenés à l'arrière d'un pick-up comme un troupeau de bétail, la joie derrière la fatigue se dessine sur le visage de mes collègues. Je me dis maintenant que la Baisse de Valmasque dans la vallée des Merveilles n'était pas si terrible que ça...
Rentré à Denpasar chez mon ami couchsurfer, il me reste maintenant une dizaine de jours avant de quitter l'Indonésie. Et j'aperçois déjà sur l'île de Java Jodjakarta, l'ancienne capitale indonésienne possédant une immense statue bouddhiste et une multitude de temples. J'y jetterais bien un coup d'oeil :o)